Bishâpur, cité antique sassanide d’Iran

      Nous quittons Ahvaz. Il fait beau et chaud. La route longe des champs de pétrolifères. Les torchères lèchent le ciel à grand coups de flammes. Nous sommes au cœur du gisement pétrolier le plus important d’Iran. Découvert en 1953, c’est le troisième plus grand champ pétrolier au monde en termes de réserves. C’est un étrange paysage où des tours crachant le feu se mélangent aux palmiers.

      Nous nous arrêtons dans un petit village pour acheter le pique-nique juste avant de franchir la frontière de la province de Fars, terre d’origine des Persans. Fars dérive de Pars, en vieux-persan, Parsa, tandis que Perse vient de la forme hellénisée « Persis ». Vers midi, au cœur d’une vallée, apparaissent les murailles imposantes de Bishâpur dominées par une citadelle. Établie sur la rive gauche de la rivière Shâpur, l’antique cité fut fondée par le roi sassanide Shâpur Ier vers le milieu du IIe siècle de notre ère. Disposant d’un grand nombre de prisonniers romains, et plus tard d’artisans envoyés par l’empereur Philippe l’Arabe suite à la paix signée en 244, la ville est non pas bâtie selon le plan parthe circulaire mais suivant le plan d’urbanisme romain avec un schéma géométrique simple.

Iran, Bishapur, vestiges du palais. Novembre 2000
Iran, Bishapur, vestiges du palais, accès au temple.
Iran, Bishapur, temple du feu ou temple d’Anahita.
Iran, Bishapur, bas-relief de Philippe l’Arabe agenouillé en signe de soumission devant le roi sassanide Shâpur.

      Après sa prise par les Arabes vers l’an 637, Bishâpur entame son déclin. Nous arpentons l’herbe sèche qui recouvre le site et dans laquelle gisent de nombreux éléments antiques. Dans les vestiges du palais quatre grandes portes donnent accès à une salle, en partie dégagée, de plan cruciforme. Les murs intérieurs comportent de nombreuses niches. Un temple est situé sur un niveau plus bas. Nous descendons les marches raides couvertes d’une voûte en berceaux et aboutissons dans une pièce parfaitement carrée où subsistent des protomes de taureaux très abîmés. Temple du feu ou temple d’Anahita, les hypothèses divergent. Au centre du sanctuaire, je m’interroge sur les cérémonies qui se déroulèrent ici et une nouvelle fois je réalise que tout est éphémère. Sur les falaises d’une gorge étroite, les rois sassanides ont perpétué le souvenir de leurs victoires sur les Romains en faisant sculpter des bas-reliefs : l’investiture de Shâpur et le dieu zoroastrien Ahura Mazda qui délivre l’anneau du pouvoir au nouveau roi, l’empereur romain Gordien sous les sabots du cheval royal, Philippe l’Arabe agenouillé en signe de soumission et la triple victoire de Shâpur sur les Romains : Gordion en 244, Philippe l’Arabe, son successeur, et Valérien en 260. Nous nous baladons au bord de la rivière. Le ciel est d’un bleu intense et une légère brise rafraîchit l’air. Le cadre bucolique nous invite à pique-niquer et à lézarder au soleil jusqu’à ce qu’Ahmad nous rappelle que la route est encore longue… Novembre 2000.

 

(Juin 2011. Extrait de la série TAPIS MAGIQUE – Terre des Dieux.)
Texte et photo: Annette Rossi

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Carnets de voyage par Annette Rossi

 

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