Le village des artisans, Deir el-Medineh, Louxor, Égypte.

     Contre le flanc de la montagne thébaine, niché au fond d’un vallon, le village de Deir el-Médineh, est écrasé par un soleil de plomb. Ceint d’une muraille percée d’une porte, il compte les vestiges de plus de soixante maisons où vécurent environ 1200 personnes. C’est le plus important ensemble d’habitations antiques mis au jour en Égypte. Son nom était Set Maât her imenty Ouaset, « La place de Maât à l’occident de Thèbes ».

     Pendant quatre siècles, du XVe au XIe siècle avant notre ère, résidaient dans ce village les artisans chargés de construire les tombeaux et les temples funéraires des pharaons. Le travail était reparti en deux équipes : celle de gauche et celle de droite. Composée d’un chef des travaux assisté de contremaîtres, de scribes, de tailleurs de pierre, de sculpteurs, de peintres, de maçons, de charpentiers, chaque équipe avait la responsabilité d’un côté de la sépulture royale en progression. Les artisans étaient pris en charge par l’administration qui leur fournissait leurs moyens de subsistance : des denrées alimentaires, des combustibles, des vêtements, ainsi que les matériaux pour pouvoir travailler.

     La première grève connue de l’histoire se déroula à Deir el-Médineh quand, vers 1166 avant notre ère, les artisans, exaspérés par les retards dans les livraisons de nourriture, se révoltèrent. Ils eurent gain de cause.

     À la lisière du village, les habitants, pendant leur temps libre, réalisaient leur propre tombe, dont l’accès était devancé d’une chapelle surmontée d’une pyramide.

   

     Le gardien nous ouvre trois tombes. Accessibles par des passages ou de tunnels étroits, la visite de ces hypogées nécessite un peu de souplesse et de se contorsionner dans l’air confiné. Nous découvrons des caveaux de taille modeste avec des décors sombres parfois naïfs. Les couleurs sont d’une étonnante fraîcheur. 

     Une piste poussiéreuse mène au temple d’Hathor qui domine le village au nord. Le complexe comprend une petite salle hypostyle, un pronaos et trois chapelles. Plus tard, il fut occupé par des moines chrétiens d’où son nom : Deir el-Médineh, « le couvent de la ville ».

     Le soleil est haut dans le ciel et la chaleur torride. Sur le chemin du retour, je m’attarde, me retourne, très sensible à cet émouvant témoignage de la vie quotidienne qui s’éteignit en 1069 avant J.C, à la fin du règne de Ramsès XI, dernier pharaon de la XXe dynastie. Il laisse un royaume en ruine qui entraîne l’apparition des premiers pilleurs de tombes…

Septembre 2020. Extrait de la série TAPIS MAGIQUE – Coulisses thébaines.

Texte et photos : ©AnnetteRossi

L’univers d’Annette Rossi sur son site: https://annetterossi.fr
Et sur Facebook : https://www.facebook.com/annette.rossi.353

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *