Phaistos 1/2

      Nous traversons la Crète du nord au sud car sur la côte méridionale de la Crète a été mis au jour un autre grand palais minoen. Phaistos domine la riche plaine de Messara qui s’étire jusqu’au bord de la mer de Libye. L’entrée du site qui surplombe l’antique cité permet une approche très différente de celle de Cnossos. Phaistos connait à peu près le même destin que ces contemporaines, les métropoles minoennes de Cnossos, Malia et Zakros. Selon la légende, la cité fut gouvernée par Rhadamanthe, le frère de Minos. Homère la décrit comme « la ville au grand nombre d’habitants ».

      Nous descendons les escaliers. Lentement. Mon regard tente d’assimiler l’ensemble du site, aussi important que celui de Cnossos mais moins parlant, plus dépouillé… plus… authentique. L’énorme complexe de forme trapézoïdale se matérialise comme une mare grise entourée de grands pins et d’une mosaïque de parcelles d’innombrables nuances de vert. Plus loin, les collines se perdent dans un horizon diffus. Sous un ciel de plomb, les vieilles pierres baignent dans une étrange lumière. Point d’ombre, l’atmosphère est figée. Ce qui frappe le plus ici, ce sont les volées de marches monumentales qui relient les différents niveaux. Elles donnent une impression d’espace, de grandeur élégante et de vide étourdissant.

     Si Cnossos a été sujette à d’importants travaux de restauration lui conférant son image singulière, le site de Phaistos est resté tel qu’il était lors de sa redécouverte par des archéologues italiens au début du XXe siècle, réduit à ses fondations. Autour d’une grande cour rectangulaire s’organisent les quartiers divers reliés par des corridors et des passages exigus. Au sud-ouest des magasins et des silos, au sud des chambres à caractère sacré avec des bains lustraux et des sculptures représentant la double hache, symbole majeur minoen. Au nord de la cour centrale, au sommet de l’acropole, offrant une vue imprenable sur le mont Ida, se situent le mégaron de la reine et le mégaron du roi. Ces appartements royaux sont un vaste dédale de couloirs, d’escaliers, de portes multiples, de puits de lumières, de chambres luxueuses dallées d’albâtre et de salles d’apparat. Au pied de la cour, ce qui devait être le théâtre, comporte des gradins d’une largeur de vingt-deux mètres où le public pouvait assister à des taurokathapsies. Le spectacle, pratiqué par des hommes et aussi des femmes, consistait à sauter par-dessus un taureau en s’accrochant aux cornes de l’animal. Des fresques nous ont laissé de magnifiques représentations de ces taurokathapsies.

     Phaistos est un lieu étrange. La complexité des vestiges est perturbante. Chaque secteur est isolé et semble un site à lui seul. J’ai l’impression de manquer des choses, de passer à côté d’un détail, d’une colonne, d’une jarre. Il suffit d’un petit rayon de soleil qui perce les nuages pour que je revienne sur mes pas. Je vérifie, me rassurant que rien n’a échappé à mes yeux. C’est presque comme si un vase, une double hache, une figurine attend mon coup de pelle. Quel bonheur ce doit être de déterrer un de ces magnifiques objets, témoignages de cette grande civilisation si mystérieusement disparue, comme l’énigmatique disque de Phaistos… 

Théâtre de Phaistos.
Grèce, Crète, Phaistos, magasins.

Juin 2011. Extrait de la série TAPIS MAGIQUE – Terre des Dieux.


Texte et photo: Annette Rossi

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