Le village de la «Place de vérité» ou «Place de Maât» est connu aujourd’hui sous le nom de Deir el-Médineh (ou Deir al-Médîna) qui est son nom arabe. Il se situe à l’ouest de Thèbes, l’actuel Louxor, à quelques kilomètres de la Vallée des rois. C’est d’ailleurs à celle-ci qu’il doit sa fonction et son existence. En effet, la Place de vérité fut créée durant le Nouvel Empire, sous la XVIIIe dynastie. Les Serviteurs de la Place de vérité, c’est comme cela qu’ils s’appelaient. Étaient une confrérie d’artisans et d’ouvriers hautement qualifiés chargés principalement, de la construction ainsi que de la décoration des tombeaux des monarques de la Vallée de rois entre autres.

Deir el-Médineh, vue aérienne.

Historique de la Place de vérité

      La paternité de la confrérie des Serviteurs de la Place de vérité et la fondation du village date probablement du tout début de la XVIIIe dynastie, sous le règne Amenhotep Ier ou de Thoutmôsis Ier. Amenhotep Ier aurait créé la confrérie d’artisans dédiée à la construction des tombeaux. D’ailleurs ceux-ci ont continué à vénérer le pharaon comme fondateur et protecteur de leur confrérie. Thoutmôsis Ier aurait lui créé le village des artisans, qui portera le nom de «Place de vérité».

Pharaon Amenhotep Ier, fondateur de la confrérie

Durant la période amarnienne initiée par Akhenaton, seulement une partie des artisans iront dans la nouvelle capitale du pharaon à Amarna. Ainsi La Place de vérité continua tout de même de fonctionner.

Puis durant l’époque des Ramessides, époque s’étalant sur deux dynasties, la XIXe et la XXe. Le village connait un regain d’activité et le nombre des artisans augmenta significativement.

Cependant lors du règne de Ramsès III, avec l’affaiblissement du pouvoir central et la multiplication des disfonctionnements dans la société égyptienne. Éclatera une grève des artisans de la Place de vérité. Celle-ci est répertoriée comme la première grève connue et documentée de l’Histoire.

Le rôle du village des artisans durera un peu plus de 4 siècles, allant de la XVIIIe jusqu’à la XXe dynastie. Le village sera abandonné à la fin du règne de Ramsès XI, puis sera même pillé durant la troisième époque intermédiaire.

Fresque – Ouvriers qualifiés fabriquant des briques de boue destinées à la construction dans la tombe de Rekhmiré – TT 100 – Nécropole thébaine

Réalisations des artisans de la «Place de vérité»

Tombe de Ramsès III, KV 11, Vallée des rois, Louxor

      Les artisans de Deir el-Médineh ont édifié la majeure partie des tombes de la Vallée des rois, certainement ceux de la Vallée des reines. Ainsi que les temples funéraires du côté de cette rive du Nil. Ils ont également construit le très célèbre et monumental temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari. Pour les sites les plus emblématiques.

Temple d’Hatchepsout, Deir el-Bahari – Crédit Commons Wikipédia

Généralement deux équipes se partagent les tâches d’aménagement et de décoration des sépultures pharaoniques. Chacune — la «droite» et la «gauche» — compte contremaitres, maçons, peintres, graveurs, sculpteurs, etc.

De plus, les ouvriers et artisans ont également construit la nécropole du village, sur la petite falaise longeant celui-ci. On y trouve entre autres les tombes de l’intendant Ipy, ainsi que celles de Pached et de Senedjem, qui sont eux, deux probables artisans de la Place de vérité.

Architecture et vie du village

      À son apogée La Place de vérité compte 120 artisans et maître-ouvriers. On estime qu’avec leurs familles, le personnel du village et des temples ainsi que celui de l’administration, la population globale devait s’élever à 1200 personnes.

À cette époque, le village de Deir el-Médineh couvrait alors une superficie d’un demi-hectare soit 5600 m2. Il était entièrement ceint d’une muraille haute de 5m environ, percée d’une porte principale, gardée jour et nuit.

La place de vérité comptait une bonne soixantaine de maisons typiques, en briques crues, mitoyennes et à toit plat. Les maisons étaient identiques, elles se composaient de trois pièces en enfilade. Avec une entrée comportant une chapelle, puis on y trouvait la pièce de vie, pouvant être éclairée par une petite fenêtre dans le toit. Ensuite, se situaient une ou deux pièces avec une cour, pouvant être couvertes de canisse pour plus de confort. De plus, nous y trouvons un four en argile et l’espace cuisine.

De nombreux éléments sur la vie quotidienne du village et des artisans nous sont parvenus. Grâce à la découverte de nombreux ostraca (tessons de porterie gravés) et de papyri (papyrus antiques) lors de fouilles menées sur le site.

(photo ci-contre: Ostracon retrouvé à Deir el-Médineh, British Museum)

Divinités vénérées à la Place de vérité

Déesse Meretseger, protectrice de la « Place de vérité »

      Déesse protectrice du village des artisans, Meretseger occupe une place à part à Deir el-Médineh. Elle réside au sommet de la montagne, que l’on nomme la «Cime» (420 d’altitude). La montagne thébaine surplombe la Vallée de rois, d’où elle est visible. La confrérie s’attache également à la Maât, déesse de l’harmonie cosmique, de la rectitude, de l’ordre. Elle est une divinité éminemment importante dans la communauté des serviteurs de la Place de vérité.

(photo ci-contre: La « Cime », montagne thébaine)

D’autres divinités sont également rattachées aux artisans et à leur domaine de travail. On retrouve ainsi Thot, patron des scribes et des dessinateurs, Khnoum, patron des potiers et des sculpteurs ou Hathor, déesse de l’amour.

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La grève des ouvriers de la « Place de vérité », première grève connue
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